Fiche métier

Devenir Avocat d'affaires en droit des services financiers

Le 12/12/2014


A) Présentation de Jean-Baptiste Poulle

1) Bonjour Monsieur Poulle. Pourriez-vous commencer par vous présenter succinctement ?
Bonjour. En ce qui concerne ma formation, j’ai suivi des études de droit à l’université de Paris II et Paris I, puis j’ai rédigé une thèse. En parallèle, j’ai complété ma formation académique à Sciences Po Paris et à l’ESSEC. En ce qui concerne mes expériences professionnelles, j’ai tout d’abord travaillé en tant qu’avocat collaborateur dans un cabinet d’avocats anglo-saxon (qui compte plusieurs milliers de collaborateurs dans le monde), avant de créer mon propre cabinet spécialisé en droit financier (plus précisément le droit des services financiers).

2) Pourquoi avoir suivi autant de formations ? Y a-t-il des synergies entre chacune d’elles ?
Avec du recul, et très honnêtement, je ne sais pas si toutes ces formations étaient absolument nécessaires dans le cadre de mon travail quotidien ! Néanmoins, sur le plan personnel, cela m’a beaucoup apporté. Peut-être même que ces formations m’ont apporté plus que je ne peux le percevoir ou le « quantifier » dans mon travail. En effet, pour être avocat, il ne suffit pas d’aimer le droit. Il faut également bien comprendre le marché, les besoins de ses clients, savoir travailler en équipe, etc. A ce titre, l’ESSEC et Sciences Po Paris m’ont certainement beaucoup apporté.

3) Pourquoi avoir choisi de faire une thèse en droit ? Qu’est-ce que cela a apporté de plus à votre formation déjà bien remplie ? Quel type de thèse avez-vous fait et combien de temps a-t-elle duré ?
J’aime écrire, j’étais curieux du droit financier, et j’espérais pouvoir enseigner. Du coup, je me suis dirigé vers une thèse en droit financier ! Toutefois, je souhaitais continuer à pouvoir travailler dans le même temps en tant qu’avocat, car la pratique est essentielle, surtout dans cette matière. C’est pourquoi j’ai rédigé ma thèse dans le cadre d’une convention CIFRE alors que j’exerçais au sein d’un cabinet d’affaires à Paris.
Pour répondre à votre deuxième question, la thèse n’est peut-être pas (malheureusement) la meilleure formation pour s’intégrer dans le marché du travail, sauf si le sujet de thèse a été choisi en partenariat avec une entreprise ou un cabinet d’avocats. La thèse reste en effet un travail essentiellement solitaire, qui peut être éloigné des attentes des entreprises du secteur privé. Je recommande donc aux doctorants en droit de réaliser des stages en entreprise ou en cabinet s’ils ne visent pas (uniquement) une carrière universitaire.
Pour vous donner quelques chiffres, il m’a fallu environ 4 ans pour écrire ma thèse (ce qui, dans le domaine juridique, se situe dans la moyenne). Une thèse en droit compte entre 400 et 500 pages. Pour information, les thèses strictement académiques (par opposition aux thèses dites « professionnelles ») sont généralement plus longues et permettent d’envisager une carrière universitaire avec davantage de succès.

4) Certains postes nécessitent-ils obligatoirement d’avoir une thèse ?
Oui, en effet, les postes Maître de Conférences (et bien sûr de Professeur agrégé). Il faut noter qu’il s’agit d’un parcours difficile, car le monde de l’Université possède ses propres codes, ses propres critères d’évaluation, et demeure relativement fermé aux docteurs en droit venant des cabinets d’avocats ou ayant suivi des formations non-exclusivement juridiques.

5) Pourquoi avoir choisi la spécialité de droit des affaires ?
Je me suis tout d’abord spécialisé en droit des affaires pour découvrir une matière que je ne connaissais pas. Je souhaitais mieux comprendre comment le droit participe – dans une certaine mesure – à la régulation des marchés. Il ne faut pas non plus négliger la part de hasard, car j’ai commencé ma première collaboration dans l’équipe « regulatory/droit des services financiers » du cabinet Freshfields sans avoir d’idée très précise de ce que cette matière recouvrait. Et puis, cela m’a beaucoup plu, alors j’ai continué !

6) Quels conseils donneriez-vous aux étudiants pour choisir leur filière d’études en droit ?
Pour bien choisir sa filière d’étude, il faut d’abord bien identifier le métier que l’on souhaite exercer : juriste en entreprise, avocat, magistrat, professeur ? Comme on le dit, il est important d’adapter son parcours avec ses ambitions personnelles. Si l’on souhaite travailler en tant qu’avocat dans une structure internationale, il est recommandé d’obtenir le CAPA complété par un double diplôme, par exemple une école de commerce ou un IEP (ndlr : Institut d’Etudes Politiques) voire un LLM (ndlr : Master of Laws). Enfin, pour tous ceux qui ne savent pas précisément si le droit leur convient, plutôt que de multiplier les spécialisations juridiques, je leur recommande de chercher une formation en dehors de l’université (Ecole de commerce ou IEP). Ces écoles proposent souvent des admissions parallèles qui permettent aux étudiants d’envisager d’autres carrières. Pour ma part, c’est ce que j’ai fait : j’ai intégré l’ESSEC en passant le concours AST (ndlr : Admis Sur Titre), mais je suis quand même resté dans le droit !

B) Présentation du métier d’avocat d’affaires

7) En quoi consiste votre métier d’avocat d’affaires ?
Mes journées sont rythmées par les recherches juridiques, les conférences téléphoniques, la rédaction de notes, d’écritures, de contrats, etc. Je défends également les clients dans le cadre de procédures contentieuses disciplinaires devant les régulateurs et/ou judiciaires (devant les tribunaux). Je travaille beaucoup en anglais (non seulement pour les clients étrangers, mais également pour la plupart des clients français). Je profite de cette question pour dire qu’il est très important pour les étudiants en droit de se former en anglais. Enfin, j’ai un rythme assez soutenu car les journées sont denses (et je travaille toujours un peu durant mes vacances).

8) Sur quels critères choisit-on son cabinet dans lequel on veut travailler ? Dans quel type d’organisation un avocat peut-il travailler ?
On choisit, en principe, un cabinet en fonction des pratiques qu’il propose (cabinet de conseil ou de contentieux voire les deux à la fois), des domaines d’activité (droit de la famille, droit des affaires, droit fiscal, droit de la propriété intellectuelle, droit financier, arbitrage, etc), de sa taille (petite structure ou grande structure), de son implantation (locale ou internationale). Un avocat peut également demander à « rendre la robe » et travailler en entreprise, dans des organisations internationales telles que l’OMC (ndlr : Organisation Mondiale du Commerce), ou dans des entreprises publiques etc. La formation de juriste ouvre de très nombreuses portes !

9) Pourquoi avoir choisi de monter votre propre cabinet d’avocat ?
J’ai toujours eu envie de créer une entreprise et de pouvoir monter un projet enthousiasmant. La création de mon cabinet m’a donné cette chance. Lorsque j’exerçais au sein de mon précédent cabinet, j’ai eu le sentiment qu’il existait un espace sur le marché parisien pour développer la pratique des services financiers (qui est très dynamique à Londres mais qui était assez peu connue en France). Nous nous sommes appuyés sur un modèle économique de cabinet de niche, très spécialisé, mais couvrant l’ensemble des prestations juridiques (conseil, contentieux et rédaction de contrats). Pour l’instant, nous avons eu beaucoup de chance et nous sommes en pleine croissance. Le cabinet me donne aussi la liberté d’écrire sur de nombreux sujets juridiques et de participer à la réflexion de la place de Paris sur les sujets de droit financier. Enfin, c’est toujours heureux de se dire que l’on participe à la création d’emplois.

10) Est-ce mieux vraiment mieux de monter un cabinet avec un autre associé ? Combien êtes-vous actuellement ?
Oui. Je pense qu’il est mieux d’être plusieurs pour ce genre d’aventure. Actuellement, nous sommes 3 associés, un Professeur qui a le statut de « of Counsel », 3 collaborateurs (et deux stagiaires en moyenne). Le travail en équipe et les synergies sont essentielles au succès d’un cabinet d’avocat.

11) Quels conseils donneriez-vous à ceux qui souhaiteraient également créer leur cabinet ? Quel serait le meilleur moment pour cela ?
Je dirais qu’il est recommandé de « faire ses armes » dans un cabinet pendant quelque temps. Après 6 ans d’expérience, je pense que l’on a l’expertise juridique nécessaire pour pouvoir se lancer. Mais il faut avoir le goût de l’aventure entrepreneuriale.

12) Quelle(s) filière(s de droit recrutent ?
Toutes pour les très bons étudiants ! Le plus important est de montrer que l’on aime ce que l’on fait. En principe, un candidat motivé et heureux est un bon candidat ! Ceci étant dit, certaines filières débouchent plus facilement sur un recrutement, c’est le cas du droit des affaires. Toutefois, il existe certainement des secteurs qui auront le vent en poupe dans les prochaines années (le droit de l’écologie, de l’urbanisme, des projets de partenariats public –privé, etc.).

13) Quelle rémunération peut espérer un jeune avocat en droit des affaires ?
Cela dépend des structures et des diplômes du candidat. Dans un grand cabinet international, il peut espérer une rémunération d’environ 60 000 euros par an tandis que dans un cabinet franco-français, ce sera davantage de l’ordre de 50 000 euros. Il faut préciser que les avocats sont rarement salariés et qu’il convient donc de diviser par deux ces rémunérations pour avoir une idée de la rémunération nette…

14) Sur quels critères les grands cabinets internationaux recrutent-ils leurs collaborateurs ?
Il y a plusieurs critères :
- Le nom de l’Université
- Les mentions
- Les langues
- Les stages effectués
- La cohérence du parcours
- La personnalité du candidat

15) Quels conseils donneriez-vous aux jeunes avocats cherchant leur premier poste ?
D’abord, il ne faut pas rester inactif (et ne pas désespérer si l’on ne trouve pas de stage ou de collaboration immédiatement). La persévérance vient à bout de toutes les difficultés (en principe !).

16) Merci de votre interview. Je vous laisse le mot de la fin.
Le métier d’avocat est un très beau métier et c’est toujours un bonheur partagé lorsque des étudiants obtiennent le CAPA pour rejoindre notre profession.

Merci de nous avoir fait partager votre expérience.

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