Fiche parcours

Jean-François Debat conseiller d'Etat : bien préparer le concours de l'ENA

Le 15/12/2014 - Thème abordé : Formation - Niveau d'études : Bac +5

I) Jean-François Debat

1) Bonjour Monsieur Debat. Pourriez-vous vous présenter succinctement ?
Bonjour. Je m’appelle Jean-François Debat, j’ai 48 ans. J’exerce la profession de conseiller d’Etat et en parallèle, j’ai plusieurs mandats politiques.
Je suis ancien élève de l’ENA, promotion Léon Gambetta 1993.

2) Pourquoi vous êtes-vous engagé si jeune, à 18 ans, dans la politique ?
La sociologie nous explique que le cadre familial joue beaucoup dans nos orientations et choix personnels. Mes parents ne faisaient pas de politique mais ils étaient très engagés socialement. Ils ont par exemple contribué à développer Amnesty International à Bourg-en-Bresse, la ville où j’ai grandi. Durant mon adolescence, je suivais beaucoup l’actualité politique. Dès 18 ans, j’ai donc décidé de prendre ma carte au Parti Socialiste.

3) Pourquoi avoir choisi d’être maire de Bourg-en-Bresse ?
Attention, la fonction de maire n’a rien à voir avec le fait que je sois ancien élève de l’ENA. Etre maire est une activité élective : on est candidat puis on est ou pas élu. J’ai été élu maire en 2008 et réélu en 2014. A ce titre, je gère la ville de Bourg-en-Bresse.

II) L'Ecole Nationale d'Administration

4) Comment entre-t-on à l’Ecole Nationale d’Administration ?
D’abord pour y entrer, il faut savoir que la meilleure formation reste Sciences Po. 80% des énarques sont passés par là. Ensuite, en fonction du profil du candidat, il existe trois types de concours :
- Le concours interne qui est réservé aux fonctionnaires disposant déjà d’au moins 4 années de service public
- Le concours externe où tout le monde peut se présenter, sous condition d’avoir au moins une licence
- Un troisième concours qui s’adresse aux actifs du privé justifiant d’au moins 8 années d’activité

5) Pourquoi fait-on l’ENA ? Est-ce un accélérateur de carrière ?
L’ENA forme des Hauts Fonctionnaires qui seront amenés à travailler dans l’Administration Publique. Ainsi, à la sortie de l’école, on peut devenir par exemple préfet, conseiller d’Etat, directeur dans des ministères. La liste n’est bien évidemment pas exhaustive.
Il faut également savoir qu’on ne rentre pas à l’ENA pour faire de la politique. Pour autant, on est en relation étroite avec la politique. Dans ma promotion, nous étions 101. Sur ces 101 énarques, je suis le seul à avoir un mandat d’élu.
L’ENA n’est pas faite pour celui ou celle qui veut travailler à termes dans une Grande Entreprise bien que certains le fassent (environ 20%) comme ceux qui sortent du Conseil d’Etat ou de l’Inspection Générale des Finances.
Pour la deuxième question, oui bien évidemment c’est un accélérateur de carrière. A la sortie de l’ENA, on commence au niveau de certains fonctionnaires de catégorie A en fin de carrière.

6) Quels conseils donneriez-vous aux candidats pour préparer le concours de l’ENA ?
Je leur donnerais trois conseils :
1) D’abord, il faut avoir une vraie envie d’exercer les métiers liés à la fonction publique. Il ne faut pas vouloir faire l’ENA pour obtenir un statut.
2) Ensuite, il faut s’y consacrer à temps plein : pour préparer le concours, on ne peut pas se permettre de se disperser dans d’autres activités. Il faut lire des bibliographies, acquérir de solides méthodes de travail et parfois, apprendre seul certaines matières. Par ailleurs, il ne faut faire d’impasses sur aucun sujet.
3) Enfin, il ne faut pas préparer que l’ENA. D’autres concours comme pour devenir par exemple attaché de direction centrale ou encore administrateur territorial sont à préparer en parallèle.

7) Toutes les Catégorie Socio Professionnelles sont-elles représentées à l’ENA ?
L’ENA s’inscrit logiquement dans la continuité des profils qui ont fait des études jusqu’à Bac+5. Beaucoup viennent de Sciences Po Paris donc beaucoup sont Parisiens. L’ENA ne corrige ni n’accentue les différences.

8) Qu’apprend-on à l’ENA ?
L’ENA est une école d’application donc on apprend un certain nombre de techniques qui servent à la vie administrative. On apprend par exemple à rédiger rapidement une synthèse d’un dossier qui proposera des solutions concrètes à l’exécutif.
Il n’y a pas à l’ENA de cours magistraux avec des universitaires : tous les cours sont faits par des professionnels déjà en exercice.
Il y a également un an de stage : 6 mois en entreprise et 6 mois en administration.

9) Y a-t-il une bonne ambiance entre les élèves ? Y a-t-il un esprit de compétition ? Si oui, à quel point ?
Oui il y a une bonne ambiance. Comme partout, il y a certaines personnes qui peuvent avoir l’esprit de compétition mais de manière générale, il y a une bonne entraide entre les élèves.

10) Est-on déjà « politisé » en rentrant à l’ENA ?
Vous pouvez retirer le « déjà » de la question car on l’est bien avant. Néanmoins, l’orientation politique peut être amenée à changer au cours d’une carrière ou même à l’ENA.

11) Certaines personnes critiquent l’ENA pour différentes raisons. Est-ce justifié ?
L’ENA est critiquée depuis sa naissance. Pour ma part, je pense que l’ENA a apporté plusieurs bénéfices. En premier lieu, l’école a permis d’unifier le mode de recrutement dans la Haute Fonction Publique. Avant 1945, chaque corps avait son propre concours. Grâce à l’ENA, tous les administrateurs civils, où qu’ils soient, ont désormais la même formation.
Ensuite, l’ENA est réputée pour être une des meilleures écoles de France et est très bien reconnue à l’international. A ce titre, l’ENA permet de former des administrateurs à un très haut niveau. Après, savoir comment ils sont utilisés est une autre question.
Quoi qu’il en soit, quand on sort de l’ENA, on est loin de tout savoir et on s’en rend vite compte.

12) Merci de votre interview. Je vous laisse le mot de la fin.
Il ne faut pas se dire « l’ENA, ce n’est pas fait pour moi ». Il faut se donner les moyens de réussir le concours et avoir le courage d’entrer dans une logique de concours pour un résultat aléatoire.
Si on ne réussit pas le concours, c’est que d’autres ont été meilleurs ce jour-là. Cela ne remet en rien les compétences du candidat.
Une grande partie de ceux qui ne deviennent pas énarques réussissent très bien d’autres concours et ont une vie professionnelle passionnante.
Enfin, si on est déterminé à faire l’ENA, il ne faut pas viser qu’une petite partie de la formation (ie : les plus prestigieux résultats comme l’Inspection Générale ou le Conseil d’Etat) : on vise forcément ce qui est le mieux placé mais il faut aussi être intéressé par le reste.

Merci de nous avoir apporté votre témoignage.

A vous la parole

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