Fiche métier

Devenir Scénariste

Le 01/09/2017


1) Bonjour Marine Flores-Ruimi. Pouvez-vous vous présenter ?
Bonjour, je m’appelle Marine, j’ai 27 ans et je suis scénariste professionnelle. Les projets pour lesquels j’écris sont assez variés : ça peut être un long-métrage de cinéma, une série policière ou un feuilleton quotidien pour la télévision, une série d’animation jeunesse, une web série etc…

2) Quelle est votre formation ?
Ma formation a d’abord été technique car j’ai compris assez tard que je voulais devenir scénariste. Cela vient du fait qu’à l’époque où j’ai dû faire des choix d’orientation, ce métier était méconnu du corps enseignant ou des conseillers. J’ai toujours voulu travailler dans le cinéma mais je ne connaissais pas bien les métiers dans le détail. En classe de Troisième, ma conseillère d’orientation m’a parlé de la voie technique et du métier de réalisateur ou de la voie littéraire qui me destinerait à l’enseignement. Comme j’avais envie de concret, j’ai choisi la voie scientifique en détestant les maths…
Après mon Bac S, j’ai poursuivi avec un BTS audiovisuel Image. Le niveau était beaucoup trop technique pour moi, je ne me sentais pas à ma place. Mais en fin de 1ère année, j’ai écrit et réalisé un court-métrage dans le cadre d’un concours de films étudiant qui est arrivé 2ème dans la catégorie scénario. Ca a été une révélation, j’ai compris à quel point l’histoire était importante, qu’elle était la base de tout le processus de création. J’ai fait des recherches à partir de ce moment et j’ai découvert le Conservatoire Européen d’Ecriture Audiovisuelle (CEEA) qui proposait un cursus exclusivement scénario. Après mon BTS, j’ai passé les concours et j’ai été admise, j’en suis sortie deux ans plus tard, en 2013, avec un titre professionnel de scénariste.

3) En quoi consiste le métier de scénariste professionnel ? D’où tirez-vous votre inspiration ?
Le métier de scénariste consiste à écrire, mais surtout à construire. Bien sûr, chaque scénariste à sa méthode mais en général, on n’écrit pas un scénario de 100 pages d’une traite ! Il y a tout un cheminement en amont et le mieux est de commencer « petit » pour étoffer ensuite. Il faut savoir qu’en France, l’idée ne se protège pas. Il est donc nécessaire d’avoir une vision assez développée d’un projet avant de pouvoir le protéger.
La première étape du processus d’écriture est le pitch, un document d’une à deux pages. Il s’agit de poser l’idée globale et de définir le contexte de l’histoire, le protagoniste, son objectif dramatique et ses principaux obstacles. Ensuite vient l’étape du synopsis, qui fait entre 5 et 10 pages. Là, les personnages existent davantage, on a vue d’ensemble sur les grandes étapes de l’histoire, du début à la fin. Le traitement, qui vient dans un second temps, est une sorte de synopsis en plus développé : il fait au minimum une quinzaine de pages et rentre beaucoup plus dans le détail. L’étape suivante, celle du séquencier, est très importante et demande un peu de technique : c’est l’écriture scène par scène du projet. A cette étape, l’histoire se transforme en images, en actions. On a une idée du rythme du film et de ce que le spectateur verra concrètement à l’écran. Et enfin, en tout dernier, c’est l’étape des dialogues, qui fait « parler » les personnages.
Pour ce qui est de l’inspiration, elle est souvent personnelle. Nous avons tous des sensibilités et des vécus différents. Pour ma part, je me sers beaucoup de ce que j’ai pu vivre et qui m’a marqué. Mais l’inspiration peut venir de partout : d’un fait divers, d’un événement politique ou historique, d’une rencontre avec une personne. La fiction se nourrit de la réalité, et non l’inverse ! Pour nourrir sa créativité, il est aussi important de vivre des choses, d’oser aller poser des questions, de voyager, de lire, de se documenter, d’aller voir des pièces de théâtre, de regarder des films, des séries etc.

4) Quelle formation faut-il suivre pour devenir scénariste professionnel ?
En ce qui me concerne, j’ai été formée au Conservatoire Européen d’Ecriture Audiovisuelle (CEEA), situé dans le 14ème arrondissement de Paris. C’est une école accessible sur concours de 20 à 40 ans, sans niveau d’études minimum requis. Douze élèves sont admis chaque année pour deux ans. C’est une formation extrêmement complète, où l’on apprend à écrire sur tous les genres et tous les formats. Au cours de la formation, les élèves développent plusieurs bibles de séries (fiction et animation) ainsi qu’un long-métrage dont l’écriture a été encadrée par un scénariste professionnel en deuxième année. A la fin de la deuxième année, c’est ce scénario de long-métrage qu’ils présentent devant un jury qui leur remet le titre professionnel de scénariste.
D’autres formations existent aussi : à la Fémis, dans des écoles privées comme l’ESRA, l’EICAR, ou l’ESEC et certains Masters –celui de Nanterre notamment- proposent une formation à la dramaturgie.

5) Comment s’organisent vos semaines ?
Elles s’organisent avec une certaine rigueur et un emploi du temps précis. C’est indispensable pour ne pas se faire déborder car un scénariste est souvent sur plusieurs projets en même temps, avec des stades d’avancement très différents. Et comme en plus il n’est pas rare de travailler en co-écriture avec un scénariste qui a lui-même plusieurs projets, il est primordial de bien s’organiser. Les périodes où j’ai plusieurs projets en même temps, je m’organise de façon à avancer sur un projet par jour. Je dégage aussi du temps pour des rencontres avec des producteurs : certains peuvent me proposer de rejoindre une série, d’autres me faire un retour sur un projet personnel que je leur ai envoyé.
Et enfin, une semaine sur deux tous les mercredis, j’ai rendez-vous avec mon collectif de scénaristes (le collectif SOAP). C’est un moment très important car nous échangeons nos actualités, nous conseillons et nous soutenons. A chaque réunion, nous avons le texte d’un des membres à lire et nous lui faisons le retour le plus constructif possible.

6) Comment se passe la relation avec les médias pour proposer puis diffuser vos projets ?
Le principal interlocuteur du scénariste, c’est surtout le producteur. C’est lui qui fait le lien entre le projet et le diffuseur (on parle aussi de distributeur au cinéma). Ensuite, il faut distinguer deux grandes catégories de projets : les projets de commande et les projets personnels. Pour faire simple, disons que pour les projets de commande c’est le producteur qui sollicite le scénariste et pour les projets personnels, c’est l’inverse. A certaines étapes d’écriture, le diffuseur intervient et il faut alors prendre en compte les remarques pour remanier l’histoire. Cela vaut en télévision comme au cinéma.

7) Quel est le statut juridique des scénaristes ? Quel type de contrat ont-ils ?
Nous ne sommes pas des intermittents du spectacle, comme beaucoup de gens peuvent le penser. Nous n’avons donc pas un nombre d’heures à faire pour pouvoir toucher des indemnités. Nous avons un statut d’auteur et sommes payés au contrat. Le gros avantage de ce métier, c’est de pouvoir travailler de chez soi, de s’organiser comme on le souhaite et de se renouveler en permanence. L’inconvénient, comme toute activité freelance, c’est qu’il y a des années pleines et des années creuses car nos revenus sont aléatoires. Mais avec une bonne gestion de ses finances, il est tout à fait possible de s’en sortir.

8) A quel salaire un jeune diplômé peut-il s’attendre en début puis fin de carrière ?
On ne peut pas parler de salaire lorsqu’on est scénariste, de même que la rémunération n’est pas proportionnelle aux années d’expérience. Ce qui est le plus difficile en début de carrière, c’est une affaire de confiance : forcément, les producteurs ont plus tendance à confier l’écriture d’un projet à un scénariste expérimenté qu’à un jeune diplômé. Mais les choses changent de plus en plus : il y a de nombreux élèves qui sortent à peine de l’école et qui vendent leur série ou leur long-métrage. En cinéma, la notoriété d’un scénariste a plus d’incidence sur sa rémunération qu’en télévision, où les tarifs sont un peu plus encadrés. Pour vous donner un ordre d’idée, un épisode de série de 52 minutes diffusé en prime time est payé environ 30 000 euros. Mais on ne touche pas cette somme d’un coup, les paiements se font par échéances. Les échéances, c’est ce dont j’ai parlé plus haut : le pitch, le synopsis, le traitement, le séquencier, et enfin le scénario dialogué. Viennent ensuite les droits de diffusion, dont la valeur change en fonction de la chaîne et de la case. Le scénariste qui a écrit l’épisode touche une somme pour la première diffusion, mais également à chaque rediffusion. En cinéma, c’est un peu plus aléatoire, et surtout plus long. Mais la rémunération se fait aussi en échéances, et le scénariste touche un pourcentage qui se négocie lors de la sortie en salle.
Une autre façon d’être rémunéré est de présenter des projets personnels aux différentes bourses d’écritures qui existent. Le Fonds d’Aide à l’Innovation du CNC permet par exemple à un auteur de toucher une aide à l’écriture de 30 000 euros. Il existe également la Fondation Beaumarchais, la bourse Lagardère, des concours etc...

9) Quelles sont les perspectives d’évolution du scénariste ?
Lorsqu’on acquiert les outils de la dramaturgie, il y a un champ des possibles très vaste qui s’ouvre devant soi. Aujourd’hui, un scénariste peut écrire pour le web, les jeux vidéos, le roman, la bande dessinée etc… Mais il est également possible de rester lié au secteur en changeant de métier : on peut devenir réalisateur, producteur, formateur dans une école, lecteur, conseiller artistique, chargé de programmes d’une chaîne de télévision etc. Le secteur est poreux et c’est une très bonne chose ; si tous les acteurs qui le composent sont formés à la dramaturgie, c’est bénéfique pour toute la création française.

10) Le secteur recrute-t-il ? Est-ce un métier d’avenir ?
On a toujours besoin de gens pour raconter des histoires, c’est un des plus vieux métiers du monde ! Le secteur ne cesse donc jamais de recruter et s’adapte en permanence aux nouvelles attentes du public. Surtout, il ne se cantonne plus uniquement à la France : de plus en plus de séries de fiction ou d’animation sont des coproductions européennes. Ce qui est également très encourageant, c’est que les chaînes de télévision donnent de plus en plus leur chance aux jeunes auteurs qui sortent d’école, signe que les formations sont reconnues et de qualité.

11) Quels conseils donneriez-vous aux jeunes pour se lancer en tant que scénariste ?
Je leur conseillerais en premier lieu de ne pas se censurer. Ceux qui pensent qu’il faut nécessairement avoir fait des études de cinéma ou être littéraire se trompent, il y a tous les profils chez les scénaristes : des anciens policiers, juristes, serveurs, journalistes, étudiants en médecine, patrons de start-up… Avoir envie de raconter des histoires n’est le monopole de personne. Par contre, je pense qu’il est indispensable de suivre à un moment ou un autre une formation afin d’acquérir les outils nécessaires pour développer ses idées en autonomie. Le deuxième conseil que je leur donnerais serait de ne pas se laisser influencer par les préjugés sur le métier. Le cliché du scénariste solitaire qui écrit enfermé dans sa chambre est très éculé : aujourd’hui, scénariste est un métier d’ouverture et de sociabilisation. De plus en plus de séries fonctionnent en writing rooms, c'est-à-dire en ateliers d’écriture où les recherches d’idées se font en groupe.
Il existe aussi des associations d’anciens élèves d’école qui permettent d’étendre le réseau des jeunes scénaristes. A titre personnel, je dois ma première expérience en télévision à un ancien élève du CEEA qui m’a proposé d’écrire avec lui un épisode de la série policière Alice Nevers, le juge est une femme. Pour moi qui sortais à peine de l’école, écrire sur une série de prime time pour TF1, c’était une opportunité incroyable. Ensuite, tout s’est enchaîné : on m’a rappelé et on m’a fait davantage confiance.

12) Merci de votre interview. Je vous laisse le mot de la fin.
Merci à vous de m’avoir sollicitée, je suis ravie que le métier de scénariste puisse être expliqué à des jeunes qui s’y intéressent mais qui n’osent pas forcément y songer. Pour conclure, j’utiliserais le crédo de l’école où j’ai été formée, le CEEA, qui dit « scénariste, un métier qui s’apprend ». Pour moi, cette phrase résume tout : l’écriture n’est pas innée, elle n’est pas non plus réservée à une catégorie de personnes, tout le monde peut s’y former et en faire son métier.

Merci de nous avoir fait partager votre expérience.

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