Fiche parcours

Romain thésard et bientôt docteur

Le 26/10/2014 - Thème abordé : Thèse - Niveau d'études : Bac +8

Faire une thèse en France par Romain Fontaine

1) Bonjour Romain. Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Bonjour. Après le baccalauréat, j’ai suivi une licence en Sciences et Technologies à l’Université Paris 6 Pierre et Marie-Curie. J’ai ensuite intégré un Master 2 de recherche en Biologie avec une spécialisation sur les organismes marins. Le Master était en partenariat avec deux autres universités étrangères ce qui m’a permis de faire deux échanges à l’international à Barcelone et au Chili.
Actuellement, j’attends de pouvoir passer ma soutenance de thèse.

2) D’où vous vient cette passion pour la biologie aquatique ?
J’ai toujours été fasciné par le monde aquatique. Les poissons sont des animaux étranges qui possèdent des caractéristiques très originales comme par exemple la particularité de pouvoir changer de sexe en fonction de l’âge et de leur place dans la société. Chez moi, j’ai de nombreux aquariums.

3) Quelles notes aviez-vous pour candidater au Master de recherche à Paris 6 ?
En licence, c’est du bourrage de crâne. Il y a donc beaucoup de par cœur. J’avais environ 12 de moyenne. En Master, c’est plus une mise en pratique donc il faut plus réfléchir. J’avais environ 16 de moyenne et j’ai eu une mention Très Bien. J’ai été Major de Promotion.
A préciser que la notation diffère beaucoup selon l’université, au même titre que les notes au lycée.

4) Les expériences à l’international sont-elles bien valorisées dans le monde de la recherche ?
Oui clairement. Elles sont même vivement suggérées. Après la thèse, il est conseillé de faire 1 ou 2 post-doctorat à l’étranger. Quand on revient en France, ces expériences sont très bien valorisées et appréciées des entreprises et laboratoires.

5) Pourquoi avoir choisi de faire une thèse après votre Master ? Quel est votre sujet ?
Pour devenir chercheur, la thèse est plus ou moins la suite logique du Master. Pour autant, ce n’est clairement pas le choix de la facilité, tout au contraire… Pour obtenir une bourse, la sélection est rude car il y a environ 4 étudiants pour une bourse.
Mon sujet est l’étude du contrôle neuroendocrine de la reproduction chez les poissons.

6) La recherche fondamentale s’oppose-telle à la recherche appliquée ?
Non pas vraiment. La recherche fondamentale vise à acquérir de nouvelles connaissances tandis que la recherche appliquée a pour but d’en trouver des applications concrètes. L’une est donc la continuité de l’autre.

7) Comment se passe la sélection pour pouvoir faire une thèse ? Quels critères sont pris en compte ?
La sélection commence dès le Master de recherche et se fait sur dossier. Dans mon cas, seules 130 personnes y étaient acceptées. Ensuite, il fallait choisir sa spécialité (neurosciences, physiopathologies, biologie des organismes,…).
Une fois le Master de recherche terminé, il faut passer un concours dans une école doctorale pour obtenir une bourse de thèse. En général, les élèves préparent le concours lors du Master. Il n’y a pas de quota fixe d’admis car le nombre de thésards chaque année est déterminé par le nombre de disponible.
Il y a deux types de bourses principales: les bourses de région qui sont sur dossier et les bourses ministérielles qui sont sur concours. Dans certains cas, mais cela n’est pas la règle, certains laboratoires ont suffisamment de financement pour qu’il ne soit pas nécessaire d’avoir de bourse.
A noter que les frais d’inscription pour une thèse sont faibles et correspondent aux frais d’inscription à l’université (200/300€ par an).

8) Quels établissements sont nécessaires pour s’inscrire en thèse ?
L’inscription en thèse se fait en collaboration entre une université, une école doctorale, un laboratoire et le futur thésard.

9) Quel statut a un thésard ?
Il est à moitié étudiant (il continue de suivre quelques formations à l’université) et à moitié travailleur (contrat en durée déterminée).

10) Comment trouve-t-on son sujet et directeur de thèse ?
En général, le sujet de thèse s’inscrit dans le prolongement du stage en M2. Néanmoins, il est également possible de contacter des directeurs de laboratoire en leur envoyant un CV et une lettre de motivation. Le sujet de thèse peut alors être écrit par le directeur et le futur thésard. Un autre moyen est de regarder les sujets proposés par les écoles doctorales et d’y candidater.

11) Il est possible de faire des thèses en entreprise. Pourriez-vous nous en parler ?
En effet, certaines thèses se font en entreprise. Ce sont les thèses CIFRE. Les sujets de recherche sont appliqués à un domaine. L’avantage est qu’elles permettent d’avoir un pied dans l’entreprise. En biologie néanmoins, je ne suis pas sûr que beaucoup d’entreprises proposent des sujets de thèse.

12) Combien dure une thèse ? Passer plusieurs années sur un sujet n’est-il pas trop long ?
Une thèse dure environ 3 ans et c’est, en réalité, extrêmement court car il y a beaucoup de choses à gérer en même temps. Selon comment la thèse se passe, elle peut durer plus longtemps mais il est alors nécessaire d’obtenir des financements supplémentaires.

13) Comment se passent les trois années de thèse ? Y a-t-il un programme défini ?
Non, il n’y a pas de programme défini car elles dépendent des avancées sur le sujet. Certaines personnes commencent à rédiger la thèse dès la première année alors que d’autres n’ont rien écrit la dernière année.
A noter que la recherche consiste également à faire des présentations orales et à participer à des conférences internationales pour se tenir au courant de ce qui se fait dans d’autres laboratoires.

14) Le travail du thésard est-il solitaire ou se fait-il plutôt en équipe ?
Au début, on est très bien encadré : on est par exemple aidé par des assistants ingénieurs pour les expériences. Au fur et à mesure, on l’est moins car on monte en compétence et on est donc plus à l’aise. En fin de thèse, on est en totale « roue libre ».

15) Quelles sont les difficultés pour faire une thèse ?
La thèse demande beaucoup de travail et les conditions de vie sont loin d’être simples : il faut vraiment être motivé et en vouloir pour entreprendre une thèse.

16) Quelle rémunération peut-on espérer en tant que thésard ?
Grâce à la bourse ministérielle, on perçoit environ 1300€ net par mois. La rémunération avec une bourse de région est quant à elle un peu plus élevée.
On peut également compléter ses revenus en faisant du monitorat, c’est-à-dire en donnant des cours à l’université.

17) Comment expliquer que la thèse en France soit si mal reconnue auprès des entreprises ?
Le constat est clair : il est très difficile de trouver un poste en entreprise en France avec une thèse. Les entreprises préfèrent recruter des profils Grandes Ecoles que des thésards qui sortent de l’université. Cela tient surtout au fait que les universités ont mis beaucoup de temps à communiquer avec les entreprises contrairement aux Grandes Ecoles.
Les entreprises préfèrent plutôt recruter des profils Grandes Ecole qu’un docteur car elles ne voient pas vraiment ce qu’une thèse peut leur apporter. Par ailleurs, un docteur est bac+8 donc coûte plus cher qu’un ingénieur bac+5. La France est un pays où le système Grandes Ecoles est fortement ancré donc on recrute plus facilement ces profils.
Désormais les universités dispensent des cours de très haut niveau : j’ai par exemple pu suivre une formation en management de projet qui coûtait 3 à 4000€ la semaine. Les universités sont en train de communiquer davantage avec les entreprises privées.

18) Quelle rémunération peut-on espérer avec le statut de docteur ?
Après la thèse, le salaire espéré est très variable. En France, la rémunération pour les post-doctorants en laboratoire est de moins de 2000 euros net par mois.
Beaucoup de post-doctorants préfèrent partir travailler à l’étranger (notamment aux Etats-Unis) pour deux raisons : la première est qu’il est plus facile d’être recruté dans une grande entreprise car la thèse est très bien valorisée là-bas. Ensuite, la rémunération est bien plus élevée. En Allemagne et aux Etats-Unis, il y a par exemple environ 20 à 30% de docteurs dans le gouvernement et les hautes sphères des entreprises privées. En France, il y en a moins de 1,5%.

19) Avez-vous des regrets d’avoir fait la thèse ?
Pour la thèse en elle-même, non clairement. Tout ce travail est passionnant, c’est une excellente formation, on en ressort grandi car c’est vraiment constructif.
Pour ce qui est du poste envisagé par la suite, si c’était à refaire, je ne suis pas sûr que je la referais, d’autant que je voudrais trouver un poste en France. C’est vraiment dommage que la formation doctorale soit si peu reconnue.

20) N’est-ce pas paradoxal de voir que la France est le deuxième pays le plus nobélisé (après les Etats-Unis) alors que le Gouvernement ne cesse de réduire les budgets pour la recherche ?
Il faut savoir que les travaux nobélisés actuellement datent de plus de 10 ans. Il y a un décalage dans le temps. Les baisses de budgets pour la recherche qui se font actuellement n’auront des conséquences visibles que dans 10 ans ou 20 ans. C’est le problème du Gouvernement : pour des raisons électorales, il a une vision à court terme, qu’il soit de gauche ou de droite. Quand il comprendra que la recherche est primordiale, ça risque d’être trop tard. La Chine a très bien compris le rôle essentiel de la recherche et c’est pourquoi elle investit en masse dedans pour déposer de nouveaux brevets tous les ans.
Les chercheurs s’inquiètent vraiment beaucoup de toutes ces restrictions budgétaires. Trois quarts des travailleurs en laboratoire sont des CDD. Les financements octroyés par le Gouvernement ne permettent à un laboratoire de tourner qu’un mois sur 12. Pour les autres mois, le laboratoire doit trouver seul ses financements.
A cela s’ajoute que le CNRS, l’un des principaux centres de recherche, ne recrute en CDI en moyenne qu’à 37,7 ans. Après une thèse, il faut donc enchaîner les CDD pendant une dizaine d’années ce qui est vraiment très contraignant pour obtenir un crédit ou même louer un appartement. A noter que le concours au CNRS est international et extrêmement sélectif. Sur 100 candidats, il y a environ 2 postes disponibles.
De plus en plus d’étudiants se détournent de la recherche car les perspectives d’emplois après une thèse se détériorent et les rémunérations sont loin d’être alléchantes.
Pour ces raisons, j’ai participé à l’organisation du mouvement Sciences en Marche.

21) Quelles sont les perspectives à moyen-terme ? Peut-on espérer une amélioration ?
Je ne pense pas sauf si les relations universités et entreprises privées s’améliorent. Sur ce point, c’est faisable mais le travail est encore long.

22) Quel(s) type(s) de poste peut-on envisager une fois docteur ?
Dans la fonction publique, on peut devenir enseignant-chercheur, maître de conférences, CR2 (chercheur jeune), CR1 (chercheur)…
Dans le privé, on peut travailler en laboratoire mais il n’y a que peu de places, on peut aussi être embauchés par des sociétés de conseil.
A l’étranger, on peut viser les mêmes postes ainsi que différents postes de cadres, à la différence que les docteurs n’ont pas de concurrents sur ces postes (le système grandes écoles y est peu développé)..

23) Conseilleriez-vous aux futurs étudiants de faire une thèse ?
Je ne me prononcerais pas car je ne veux pas influencer. Néanmoins, au vu de la quantité de travail importante et le peu de postes à la fin, il faut vraiment bien être sûr de vouloir faire une thèse.

24) Merci pour cette interview. Je vous laisse le mot de la fin.
La thèse est une excellente formation qui construit l’esprit de manière rigoureuse. A la fin, on se sent capable de faire plein de choses qu’on ne pensait pas pouvoir faire avant. L’exemple de mon investissement dans l’organisation d’un mouvement national tel que celui de Science en marche en est une preuve.

Merci de nous avoir apporté votre témoignage.

A vous la parole

Partagez vous aussi votre expérience professionnelle. Plus il y aura de fiches, plus Vocajob.com sera utile pour aider les étudiants à s'orienter.

Commentaires (0)