Fiche parcours

Bernard Mourad : banquier d'affaires - écrivain - entrepreneur - chef d'entreprises

Le 30/09/2018 - Thème abordé : Chef d'entreprise - Niveau d'études : bac +5

1) Bonjour Bernard. Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Bonjour. Je m’appelle Bernard Mourad, j’ai 43 ans. Je suis binational, de père libanais et de mère française. Je suis né au Liban au moment où la guerre civile a éclaté. J’avais 2 ans quand ma mère nous a emmenés en France – nous avons rejoint Chypre en bateau, comme beaucoup d’autres réfugiés, puis Paris où j’ai grandi avec ma mère ainsi que mon frère et ma sœur aînés. Mon père, cardiologue, est resté sur place pour subvenir à nos besoins, pensant que la guerre serait de courte durée – elle a hélas duré 15 ans.
Contrairement à la plupart des membres de ma famille qui ont embrassé la vocation médicale (ndlr : son père et son frère sont tous deux médecins, et sa sœur cadre infirmière), j’ai choisi, après des études dans des lycées publics (ndlr : lycée Buffon puis Louis-Le-Grand), d’intégrer Sciences Po Paris en section Service Public. Une fois diplômé, je me suis interrogé sur l’opportunité de faire l’ENA (Ecole Nationale d’Administration), mais à l’époque, en 1997, bien que passionné par la chose publique, je ne me sentais aucune vocation de haut fonctionnaire, souhaitais travailler dans le secteur privé et n’avais guère envie de suivre les stratégies classiques de pantouflage (ndlr : désigne le fait pour un haut fonctionnaire de rejoindre après quelques années le secteur privé). Par ailleurs, je considérais que l’ENA, bien qu’étant une très belle école de la République, constituait beaucoup trop, à mon sens, une simple « machine à classer » - ce classement final déterminant largement toute une carrière alors qu’on n’est âgé que d’une vingtaine d’années ! Cela me paraissait à la fois absurde et trop aléatoire.
Passionné par l’économie, la finance et l’entreprenariat, je me suis donc orienté vers HEC après Sciences Po Paris (ndlr : Bernard Mourad a été reçu major aux deux concours d’entrée) afin d’avoir, à travers ces deux diplômes très complémentaires, une formation à l’intersection des « humanités », de l’économie, du droit, de la finance et du management.
Pendant mes études à HEC, j’ai effectué un stage en banque d’affaires chez Morgan Stanley à l’issu duquel j’ai reçu une proposition d’embauche. J’ai donc rejoint le bureau de Londres (pendant 5 ans), avant de rejoindre les équipes parisiennes. En 2012, j’ai été nommé Managing Director. Pendant toutes ces années, je me suis consacré essentiellement aux entreprises et transactions du secteur des médias, télécoms et nouvelles technologies.

2) Vous avez des expériences très diversifiées : en plus des 15 ans passés en banque, vous avez été notamment Président d’Altice Media, Conseiller spécial auprès d’Emmanuel Macron lors de sa campagne présidentielle, écrivain, fondateur de mySOS, fondateur de The Board Partners et de Loopsider. Y a-t-il un fil directeur à toutes vos expériences ?
Mon leitmotiv a toujours été de travailler avec des personnalités « inspirantes », au sens anglo- saxon du terme. Et c’est ce que j’ai recherché tout au long de mon parcours professionnel. Chez Morgan Stanley, j’ai eu l’occasion de rencontrer de grands entrepreneurs dont Patrick Drahi ou encore Xavier Niel, pour ne citer qu’eux. J’ai toujours œuvré pour tisser des relations de confiance avec mes clients. En rejoignant ensuite le groupe de Patrick Dahi - que j’admire énormément, non seulement pour ses qualités exceptionnelles d’entrepreneur mais aussi pour ses qualités humaines - je souhaitais acquérir des compétences plus managériales et opérationnelles, ce que j’ai eu la chance de faire en tant que président Altice Media (ndlr : groupe incluant notamment Libération, L’Express, BFMTV…).
Suite à la fusion que j’ai conduite entre Altice Media et SFR, j’ai ensuite choisi de consacrer quelques mois à un engagement citoyen en me mettant au service d’Emmanuel Macron, qui est un ami depuis plus de 10 ans. Je me suis donc engagé bénévolement dans sa campagne en septembre 2016. Emmanuel Macron incarnait à mes yeux un réel renouvellement du paysage politique français, nous partagions depuis longtemps les mêmes convictions et j’avais surtout une réelle crainte de voir les extrêmes accéder au pouvoir. J’ai donc considéré que je devais et pouvais m’engager à la fois pour mon pays et aux côtés de mon ami. Je l’ai dès le départ informé qu’il s’agissait d’une parenthèse de quelques mois dans ma vie – la politique me passionne en tant que citoyen mais nullement en tant que « profession ».
J’ai donc repris, une fois la campagne achevée, les divers projets qui me tenaient à cœur, notamment la création du nouveau média social Loopsider ainsi que la création du réseau The Board Partners avec Jean-Marie Messier. Et je prendrai bientôt la direction de Bank of America Merrill Lynch en France, un nouveau défi au sein d’une très belle institution qui a choisi d’investir massivement en France dans le cadre du Brexit.

3) Quels conseils donneriez-vous aux jeunes pour réussir leur carrière en banque ? Est-ce encore le bon timing pour rêver d’une belle carrière en banque ?
Dans ma génération, à la fin des années 90 et début des années 2000, les « voies royales » pour les jeunes diplômés d’école de commerce et d’ingénieurs étaient la banque d’affaires et le conseil en stratégie. 10 ans plus tard, les opportunités se sont démultipliées, notamment avec la révolution digitale, et certains s’interrogent, à raison, sur l’opportunité de suivre ces parcours « classiques » par rapport à d’autres trajectoires de carrières que peuvent offrir par exemples les GAFA, les start-ups ou les fonds d’investissement.
Ceci étant, je pense toujours que la banque d’affaires, de par son exigence et la grande diversité des dossiers, mêlant l’économie, la finance, la stratégie d’entreprise, les aspects juridiques et un certain « art de la négociation », reste l’une des toutes meilleures formations en sortie d’école. Par ailleurs, plus on évolue en banque, plus le métier devient « commercial » davantage que purement analytique – on entre alors dans un métier relationnel, fondé sur la confiance et l’ « intuitu personae ». Certaines personnes n’y trouvent alors pas ou plus leur compte, et peuvent bifurquer vers d’autres métiers : un passage en banque d’affaires est toujours très valorisé sur un CV et peut ouvrir une multitude d’opportunités. Pour ma part, j’ai eu la chance de développer très tôt des relations personnelles et de confiance avec mes clients. Dans ce contexte, le métier de banquier d’affaires au sens de « consigliere » est pour moi tout à fait passionnant et extrêmement gratifiant.

4) Avec du recul, y a-t-il des choses que vous feriez différemment ?
Ma génération a grandi et effectué ses études dans la peur du chômage et dans un contexte de faible disruption technologique. Nous étions donc prêts à sacrifier énormément de notre temps, de notre vie privée et de nos loisirs pour décrocher le job le plus « prestigieux » et/ou le plus conforme à nos ambitions. Moi-même, j’ai peut-être consacré trop de temps, d’énergie et parfois de stress à m’efforcer de m’inscrire dans ce « parcours d’excellence », au détriment d’autres aspects essentiels de l’existence.
On raille souvent aujourd’hui les « millenials », y compris ceux issus des plus grandes écoles, pour leur attention toute particulière, y compris dans les entretiens d’embauche, aux conditions de travail et à l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Pour ma part, je ne les moque pas du tout, bien au contraire. D’une certaine manière, je trouve même que ces nouvelles générations sont beaucoup plus mûres que la nôtre dans la mesure où elles recherchent davantage à donner un sens réel à leur vie – y compris professionnelle. Même si cela peut se traduire parfois par des choix de métiers peut-être plus atypiques, réputés moins « prestigieux » ou moins bien rémunérés. Je trouve que c’est une manière assez saine et « rafraîchissante » d’envisager sa vie et sa carrière.

5) Comment organisez-vous vos journées pour trouver le temps de gérer tous vos projets en même temps ?
Je n’ai pas de journée type et, en « phases d’effervescence », j’ai la chance de pouvoir me contenter de peu d’heures de sommeil. C’est ce qui m’a permis d’écrire deux romans et de fonder mySOS tout en travaillant chez Morgan Stanley. Idem pour Loopsider ou The Board Partners. Quand j’ai une nouvelle idée, je crois que mon énergie se « démultiplie » car le processus de création, qu’elle soit littéraire ou d’entreprises, me passionne. Avec sans doute au fond de moi la volonté de « ne pas me résumer à mon job », de créer des choses nouvelles et si possible d’être utile aux autres, au-delà de mes strictes fonctions professionnelles.

6) Quels conseils donneriez-vous aux jeunes pour réussir leur vie professionnelle ?
En fin de compte, il est bien sûr nécessaire de s’interroger rationnellement sur ses choix professionnels et d’essayer de construire une carrière « cohérente » par rapport à ses études et à certains « standards ». Mais il ne faut jamais oublier qui l’on est vraiment et essayer d’aller aussi, quand cela est possible, « là où nous porte notre cœur ». Quitte à prendre des risques par rapport aux parcours dits « classiques ». J’ai un petit avantage sur vous, c’est que je peux déjà regarder 20 ans en arrière ! Et je me dis que le temps passe vite - très vite - et qu’il ne faut surtout pas « perdre sa vie à la gagner ». Mon conseil est de construire son parcours en diversifiant les expériences, de rester curieux et désireux d’apprendre, en s’interrogeant régulièrement sur ses aspirations profondes, sur le plaisir que l’on prend ou pas dans son travail, en sortant de la simple logique scolaire de « construire son CV ». Car tout en construisant sa carrière, il faut surtout construire sa vie : si l’épanouissement professionnel est important, il ne constitue pas tout. Le bon équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle est primordial. Personne n’a envie de se réveiller à 70 ans en se rendant compte qu’il a tout donné à son métier au détriment de sa famille, de ses amis et de ses passions. Donc mon conseil final : n’oubliez jamais que votre carrière doit être au service de la réussite de votre vie – pas l’inverse !

Merci de nous avoir apporté votre témoignage.

A vous la parole

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